jeudi 18 novembre 2004
Le top 10 des daubes que vous avez piloté
Par Erwan, jeudi 18 novembre 2004 à 23:16 :: Humour
Ecrit en réponse à une provoc' sur Pilotlist, forte teneur en mauvaise esprit garantie.
> Faites moi plaisir, dites du mal des trapanelles que vous avez conduites !
C’est vraiment pour te faire plaisir. Je n'en ai encore que sept dans mon carnet de vol, classés par ordre d'abomination croissante :
7/ Le DR221. Même avec un maximum de mauvaise fois j'ai du mal à lui trouver des défauts... Quoique, en cherchant bien..
Le DR221 est léger et agile, donc parfois un peu remuant en l'air. C'est à ce jour le seul avion que mes passagers ont repeint de l'intérieur par un bel après-midi d'été riche en cumulus farceurs.
Passons aux sièges. Quand on a la chance d'avoir le modèle tout en skaï et que le Dauphin est resté toute la journée au soleil un jour de canicule, ça évoque immédiatement Vil Coyote courant à travers le désert avec le feu au postérieur. Un bon point tout de même, le skaï se nettoie facilement (voir plus haut). A part ça le dossier arrive à peu prêt au milieu du dos. Bah... elles ne servent pas beaucoup les vertèbres du milieu du dos de toute façon.
Non, en fait son principal défaut c'est d’être petit, trop petit pour partir en famille, ce qui m’oblige à faire du DR400... Rien que pour cette raison je le déteste.
6/ Le HR200. Je ne l'ai piloté qu'une fois. Sa principale qualité ? C'était le seul à être sorti du hangar ce jour là et on avait la flemme d'en sortir un autre.
Pour le reste je me censure, sinon Apex va faire fermer la Pilotlist... trop risqué.
5/ Le Cap10... Pas grand chose à en dire car je n'ai volé que 1h31 dessus (1h30 subventionnée pour les mises en gardes et je me suis bêtement loupé d'une minute). Cet avion est manifestement envoûté. Ou alors c’est moi. Pendant plusieurs mois toute tentative pour voler dessus se soldait par un cataclysme météorologique, des pannes à répétition, ou une invasion de taupes géantes labourant la pelouse de Chavenay.
Ca se démarre comment ce moulin ? Comme tous les moteurs à injection, il faut le bon nombre de mains et de tentacules pour appuyer sur les bons trucs au bon moment. Quand on vient d'Arcturus ça ne pose pas de problème. D'ailleurs les arcturiens ont aussi des tentacules au bout des orteils si on en juge par la position étrange des freins (non pas sur les palonniers mais quelque part loin au-dessus ou au fond, je ne sais plus de toute façon je n'ai pas réussi à m'en servir).
A part ça c'est un bon moyen de devenir tout vert et de ressembler pour de vrai à un arcturien...
4/ Le PA11. Il paraît que c'est l'avion idéal pour piloter à l'ancienne... à la montre et sans carte (le cap on en reparle juste après). Oui, sans carte, car avec la verrière ouverte on se retrouve vite avec un grand truc en papier enroulé autour du visage ou planant quelque part (si d'ailleurs quelqu'un retrouve ma carte région parisienne paumée quelque part au dessus de la forêt de Rambouillet...). Puisqu'on a perdu la carte, examinons le compas. Il indique généralement la direction du moteur ce qui est pratique si on se perd dans l'avion.
Un PA11 c’est plein de trous dans la cabine. De temps en temps les mécanos démontent le dossier du siège arrière pour récupérer tout ce qui est tombé dans le fond de l'avion : lunettes de soleil, stylos, carte VAC périmées...
Sinon c'est une des façon les plus rigolotes qu'on puisse imaginer pour chopper la crève en hiver et partir glander quelques jours aux frais de l'assurance maladie.
3/ Aaaaah. Le RF4 ! Probablement construit par et pour les sept nains vue la place disponible pour le pilote. Pour se donner bonne conscience, ils (les nains) ont collé un bout de moquette multicolore sur les deux planches faisant office de « siège ». De toute façon si on mesure plus d'1m50 on se retrouve avec les fesses sur l'avant de l'assise, les épaules coincées en haut du dossier, et un grand vide entre les deux... Cela dit, on est bien calé, avec les genoux en appui sur le tableau de bord et le casque coincé dans la verrière.
Le rituel passage aux WC avant le vol n'est pas seulement une précaution de bon sens en prévision de la compression de la vessie et des intestins résultants de la position du pilote. C'est aussi une action indispensable pour gagner quelques précieux grammes permettant de ne pas dépasser la masse limite.
Sur celui du club il y a un démarreur. C'est joli, ça fait tourner l'hélice d'un quart de tour dans un crouik pathétique. Dans les bons jours on arrive même à passer une compression. C'est vrai que le monstrueux moteur de coccinelle est un peu dur à brasser.
Soyons honnêtes, le RF4 participe à l’ambiance dans les tours de piste. Il constitue un élément pédagogique indispensable permettant aux élèves qui ont la chance de voler dans le même circuit de tester le vol lent ou les manœuvres de retardement diverses.
Le prrrrrrrrrrout aigu du moteur de Coccinelle distordu par la radio fait beaucoup rire certains contrôleurs. Ce qui les fait moins rire, c'est quand tu te traînes comme une limace sur la piste après l'atterrissage et que ça pousse derrière. Normal, tu as tellement la trouille que la roue tenue par des élastiques rentre spontanément au passage d'une taupinière.
2/ Le DR400. Le meilleur avion français du monde. Tant a déjà été dit sur la mythique bétaillère qu'il paraît presque immoral de continuer à tirer sur l'ambulance.
Je me contenterais donc de revenir sur les mérites cent fois célébrés de son système de verrouillage de roulette que le monde entier nous envie. Il se bloque et c'est normal car c'est un système de blocage. D’ailleurs dans son infinie clairvoyance, le constructeur préconise des gonflages d’amortisseur garantissant que le système fera bien son boulot de système bloqueur en toute circonstance (roulage, atterrissage, etc.) Le susdit système participe aussi à l’ambiance et à la cohésion des aéroclubs comme en témoignent ces scènes quotidiennes de DR400 rentrant au hangar avec une grappe de pilotes fraternellement suspendus à l'hélice pour comprimer l'astucieux dispositif.
Pour le reste ça dépend des versions. J'ai une tendresse particulière pour la version 108 cv, idéale pour concourir dans la catégorie plus petit vario par temps chaud. Quand j’ai la chance de voler sur un exemplaire aux câbles distendus, l'impression de mollesse conjuguée au vacarme disproportionné du moteur me rappelle ma première voiture, une 2CV de 1965 donnée par ma tante qui elle-même la tenait de son oncle. Pas de doute, ces deux véhicules ont bien plus en commun qu’une simple poignée de porte (ou de verrière).
1/ Je garde le plus affreux pour la fin : le Cessna 150. On pourrait parler de boîte de sardine volante sauf que je n’ai encore vu personne vendre d’aussi grosses boîtes pour seulement deux sardines. La tôle ondulée a été utilisée en aéronautique (Junkers) mais quid de la tôle bosselée ?
Pour ceux que l'aspect extérieur n'a pas fait fuir, partons explorer la cabine. A l'intérieur c'est l'horreur, à commencer par la planche de bord. Le gars qui a commis ça a probablement percé les trous au pif le lendemain de l'arrivée du beaujolais et vissé les instruments et interrupteurs au fur et à mesure qu'il les sortait de la poubelle où ils étaient stockés. Les petites jauges rectangulaires combleront les nostalgiques de l’automobile tendance années 60 ou 70. Il me semble avoir vu les mêmes dans la 4L de mes parents du temps où on partait faire du camping dans les Cévennes. Souvenirs... Au milieu sont plantés deux volants ridicules sur lesquels ont maladroitement été greffés des alternats.
On a vraiment l'impression d'être coincé dans une boîte. Pas de chance, je suis légèrement claustrophobe. Certains prétendent que l’aile haute c'est génial en balade pour voir le sol. Il se trouve que moi en l'air j'aime bien voir le ciel et accessoirement les autres avions. Bon c'est vrai, il y a souvent des trucs intéressants au sol comme par exemple la piste en dernier virage... pas de chaaance.
Après avoir trituré la pompe de primer qui fait un bruit minable genre baudruche qui se dégonfle (d'autres images me viennent à l'esprit mais restons polis), l’engin se démarre à la clef comme une voiture. A propos de voiture, la position de conduite est particulièrement abominable quand on est grand : siège reculé à fond pour actionner correctement le palonnier, torse droit comme si on avait un balai dans le... dans le dos, épaules courbées, et les bras qui se baladent vers le volant et la manette de gaz. Pour un gorille ça doit être sympa, moi j’ai mal aux épaules au bout de dix minutes. Pas d'accoudoirs pour se reposer un peu, de tout façon il ne viendrait à personne l'idée de les utiliser de peur que la porte ne s'ouvre en vol.
Grâce à ce monument de finesse métallique, j'ai quand même réussi à passer pour un boulet total auprès du pauvre instructeur qui avait pour mission de me lâcher. « Ah ben évidemment quand on est habitué aux Robin », a-t-il dit, probablement atterré par mon incapacité à manier correctement le tas de ferraille. Je ne sais toujours pas s'il essayait de me consoler ou s'il se payait ma tête...